Le temps des fêtes vient de se terminer… Quelques maisons du quartier sont encore illuminées de lumières DEL soudées à du plastique coloré, les centres d’achats ont cessé de diffuser leurs remix des mêmes succès dépassés et le vieux bonhomme vêtu de rouge a disparu. Noël, la fête de l’amour et du bonheur, a encore une fois frappé à nos portes avec insistance. Mais derrière ces vitrines étincelantes et ces chansons qui se répètent, il y a une réalité qu’on préfère souvent ignorer. Pour certains, cette période tant célébrée n’a rien d’une fête. Elle n’est qu’un rappel, enveloppé de rubans brillants, qu’ils sont seuls une nuit de plus à braver le froid dans les artères de Montréal.
Depuis les dernières années, l’itinérance monte en flèche et soulève de multiples questions sur ses causes, mais surtout sur la façon d’y mettre un terme. Nombreuses sont les associations, nombreux sont les refuges prêts à leur tendre la main. On ne tombe pas dans la rue par choix, on subit la rue. Pour certains, elle devient l’unique refuge, l’expédient qui les accueille quand personne n’a su le faire. Chacun porte son histoire, ses déboires et aussi ses victoires.
Durant cette période, la souffrance des femmes dans la rue est exacerbée. Au début du mois de novembre, elles commencent à se sentir seules et démunies. Certaines d’entre elles ont des enfants qui leur ont été retirés par la DPJ, d’autres des enfants qui les ont rayées de leur vie ou bien de la famille qui ne s’informe plus. On observe aussi une hausse de la consommation de stupéfiants: Noël fait renaître les angoisses et les souvenirs d’une ancienne vie. Ces femmes consomment pour avoir un semblant de contrôle sur cette souffrance, essayant tant bien que mal de la faire disparaître.
L’organisme «La Maison des femmes» accueille chaque année des femmes en situation d’itinérance durant la période de Noël. Dans la rue, leur vulnérabilité est décuplée : agressions sexuelles, violence, agressivité, vols… la peur s’avère constante. À cela s’ajoute une réalité plus silencieuse, mais aussi importante, l’itinérance cachée. Pour avoir un toit, certaines femmes se voient contraintes d’habiter chez un homme en échange de services sexuels. Beaucoup arrivent déjà avec un lourd passé, une enfance marquée par la violence, des familles dysfonctionnelles, des abus et des foyers malsains. Elles ont trop souvent traversé le cycle de la prostitution, de la toxicomanie et de la violence conjugale.
La veille de Noël, elles se rassemblent à la «La Maison» autour d’un repas. Des cadeaux sont distribués, de petits rires gênés fusent et des jolis sourires s’échangent. Elles viennent réveillonner en laissant tout derrière elles, l’instant d’une soirée. À cette table, leur résilience, leur authenticité et leur amour donnent la chair de poule.
Quelque part dans la ville, un abri pour les 12 à 21 ans dirigé par l’organisme «Dans la rue» regorge de vie. Sa position est maintenue secrète, pour protéger les jeunes des gangs de rue et des proxénètes. Le «Bunker» est animé par des jeunes jouant de la guitare, dansant et s’empiffrant dans un plat de tortellinis. Les intervenants savent qu’il s’agit d’une période difficile pour les jeunes qui ne retournent pas dans leur famille durant les festivités. Ceux qui restent sont souvent les plus «amochés» du système.
Au «Bunker», plusieurs sont issus des Centres jeunesse. Un récent article paru dans La presse dénonçait l’abandon des jeunes dès qu’ils atteignent l’âge de la majorité. Résultat: un jeune sur 5 issus des Centres jeunesse se retrouve à la rue, complètement démuni.
Dehors, plusieurs n’ont pas le luxe d’être accueillis par un centre en cette soirée d’hiver. Livrés à eux-mêmes, Noël ne leur a pas apporté de cadeaux cette année. Emmitouflés dans leur sac de couchage, avec des engelures aux orteils, des larmes coulent sur leur peau usée. Et je sais que, cette nuit-là, ils ont levé les yeux vers le ciel de notre métropole, espérant que ces lumières soient des constellations et ils ont crié à l’injustice de cette société frivole.
Donner, partager et penser aux plus démunis durant le temps des fêtes paraît évident puisque Noël célèbre réellement l’amour et le partage. Mais cet élan doit se poursuivre pour les aider à passer les prochains mois qui s’annoncent froids. Dons et denrées sont récoltés à l’année par de nombreux organismes tels que Moisson Montréal, L’Accueil Bonneau et bien d’autres. Vous faites la différence.
En espérant que vous avez passé de joyeuses Fêtes!




